Date: February 26th 2008


Bonjour,

J'ai reçu une demande de signature pour une pétition sur la publication scientifique en langue française (voir ci-dessous) : http://petition.hermespublishing.com (pour signer en ligne) ... je ne peux que "recommander" que vous la fassiez suivre dans vos différents groupes (AGPT, GFC, GFEJ, GFP, APF, ...).

Accessoirement, si vous avez des nouvelles "fraîches" à intégrer dans le prochain Strati-Info, sachez qu'il est encore temps (certains rédacteurs n'ayant toujours pas livré leur "piges") ... ce numéro sera rendu public Lundi prochain !

Bonne fin de semaine !
Stratigraphiquement vôtre,
Bruno Granier

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Bonjour,
la menace voire la réalité que désigne cette protestation m'ont stupéfié ; alors que la disparition d'un scarabée peut interdire une autoroute l'assassinat d'une langue, qui plus est la notre, pourrait se faire dans le silence.
D'abord signer pour qui ne veut participer à un ethnocide de moins en moins rampant, ensuite au commun des hommes c'est à dire à tous dont à ceux que d'autres raisons, plus charnelles esthétiques et culturelles pourraient davantage émouvoir je propose éventuellement de lire le texte de rage et de combat que m'a inspiré cette nouvelle et qui a été diffusé sur la Liste Info-Tertre de l'Université de Nantes. Il se trouve en bas de cet appel à signer qui doit devenir légions, comme, au dire très sérieux du droit canon, le diable est légion.
b a v
Jacky Réault
http://petition.hermespublishing.com

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LETTRE OUVERTE AUX RESPONSABLES DE L’EVALUATION SCIENTIFIQUE
LES SCIENTIFIQUES DOIVENT-ILS CONTINUER À ECRIRE EN FRANÇAIS ?

Il est largement admis que la lingua franca de la recherche scientifique est aujourd'hui l’anglais. Pourtant, il existe au moins trois bonnes raisons de penser qu'il est indispensable que les scientifiques continuent d’écrire en français.
– Puisque la recherche repose essentiellement sur des financements publics, une considération élémentaire voudrait que les contribuables aient un accès en français à ce qu’ils ont soutenu par le biais de leurs impôts.
– La deuxième raison concerne l’enseignement. La production de livres de synthèse et de manuels en français est une tâche extrêmement honorable et même nécessaire pour compléter un enseignement dispensé en français. Comment faire aimer une discipline en n'offrant que des livres en anglais qui ne sont en général pas adaptés, ni au niveau, ni aux habitudes que nous avons de structurer nos enseignements ?
– La troisième raison relève de l'apprentissage. Il faut un grand entraînement pour pouvoir s’exprimer dans une autre langue que sa langue maternelle avec le même sens de la nuance, avec la même richesse. Quel meilleur moyen d’accéder à la pensée d’un auteur que de discuter avec lui dans sa propre langue?
La publication en français apparaît donc comme une nécessité. Pour que cette production continue, il est urgent de valoriser notre activité de recherche dans notre langue. En effet, les systèmes de référencement des publications (dont le principal est une filiale d’un éditeur privé) reconnaissent prioritairement les publications en anglais ! Soit notre système national valorise cette production, soit cette dernière disparaîtra.
Reconnaître à leur juste valeur les publications en français, suppose que les sections du comité national du CNRS, du CNU et de l’AERES prennent en compte, en fonction de leurs exigences de qualité, les revues en français mais aussi les livres et les manuels. Il n’est pas normal qu’à l’heure actuelle, un bon livre écrit en français ne soit pas considéré dans l’évaluation d’un chercheur.
L’objectif de cette pétition adressée à L’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES) est de montrer que notre communauté scientifique française ou francophone a encore la capacité de penser par elle-même et qu’il ne faut pas rejeter, comme insignifiant, tout ce qui s’écrit en français.
Nous vous remercions pour votre soutien.

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A mes trois mères,
A propos d’une pétition « Les scientifiques doivent-ils continuer à écrire en français » et de raisons si raisonnables

http://petition.hermespublishing.com

Par ce que c'est la langue de ma mère, la mienne celle de mes enfants et que mon père en elle aussi m'a constitué de la paroisse à l'état civil de ma commune, du 10 août 1539 l’ordonnance de Villers-Cotterêts à 1790

Et parce que c'est à jamais ma langue d'amour.

parce qu'elle est l'air vital et secret que scandent sur mille ans la Chanson de Roland, la ballade pour prier Notre-Dame, Phèdre, L’éducation sentimentale Moderato cantabile, jusqu’à Le sexe et l'effroi qui nous redit aujourd'hui que plus profond en dessous nous parlons encore latin la langue de la Loi et de l'universel.

parce qu'elle est cette a engendré, exception unique, sans doute, dans l'histoire du monde : le milieu charnel des voix, la raison claire du propos si concis, la poésie commune et raffinée nos chansons : de Damia, de Couté, Fréhel, Trenet, Brel, Brassens, Ferré, Bertin, de Johny même, de Piaf à jamais renaissante, immense et fragile emblème, -c'est devenu si clair-, du vouloir vivre d'une nation, qui se recherche un récit - parce porte toujours ces centaines d'autres chanteurs et chanteuses qui disaient trop le lien, consubstantiel par leur chant, entre une langue et un peuple, et que l'Etat culturel mondialisant, autour de 1984 (Jacques Bertin) ses cultureux et son showbiz, ont voudraient abolir politiquement économiquement, symboliquement, -parce qu'elle est - comme univers de beauté et d'émotion commune -, ce chef-d'oeuvre de facto populaire, et aristocratique, collectif et si intime, qui a nom chanson française, la première patrie dans le jadis du chant de la mère d'avant
même ma naissance, de l'impossible dénégation.

parce qu'elle a arraché à l'enclavement borné les millions d'empaysés de la diversité de la France – Oh Braudel !-, diversité que je peux approprier et aimer grâce à elle, parce qu'elle avait promu tout un peuple dans ce chef-d'œuvre unique aussi de l'école primaire du peuple tout entier, dépecée par les larrons en foire de l'identité négative de 1974 au solstice de 1995 et de la mondialisation réunis. Parce qu'on m'y avait donné tout ensemble La Fontaine et Hugo, la douce France, Jeanne d'Arc, les rois et la Révolution, et la grammaire matrice d'une raison française autant que méditerranéenne, tout ce qui fait l’alliage de la langue épée, du 18 juin qui me sauve de l’abîme, comme personne et comme nation.

parce que cet alliage a été réellement pendant trois siècles et reste la seule langue disponible de raison juridique univoque qui permette des traités non sibyllins et donc la paix entre des peuples pour autant qu'ils redeviennent souverains, à l'heure du dépècement ethnique des nations, qu’applaudissent les aveugles et les fous.

parce qu'elle a tout autant engendré la Marseillaise, l'Internationale, Fille d'ouvrier, le Code civil et l'article III de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (de 1789), Le soulier de satin, jusqu’à Chers Djihadistes du Philippe Muray d’Après l’Histoire dont la mort nous désespère, mais Quignard est vivant, parce qu'elle est la langue de Jean Baudrillard, un de ces rares autres français libre sur lequel le Quotidien Vespéral des Marchés, ou si l’on préfère, de la bien-pensance post-intellectuelle dépaysée a fait cracher par un goujat le lendemain même de sa mort.

par ce que le global english est le jargon pauvre laid et asservissant de l'impérialisme et de la financiarisation du monde de la chosification de l'humain, le repère bien pensant des clones de la pensée mimétique mondiale, la certitude qu’on n’y remarquera pas l’effondrement du sens et la nullité des pensées, parce qu’il est donc la langue d’avenir de la sociologie disciplinaire et l'économisme de la finance et du management, comme elle l’est du présent de l’ersatz politique européen, des multinationales et des enfants des bobos riches pour qui la ville est devenu un jardin privé..

parce qu'au sein de la troisième mère qui m'a inventé puis embelli comme humain en langue française, l'alma mater, qu'aucun des gardiens naturels de ce qui était encore Université quand ils y ont été enseignés (et qui ne ressemble plus à grand chose de ce qui nous a été transmis depuis la fondation de la Sorbonne par Louis IX (Saint Louis) de l'exigence sans fin de la libertas radicale magistrum discipulorumque, dans la disputatio), n’appelle jusqu'à présent, à la révolte pour la défendre : Aucun de ceux qui s'y s'efforcent avec plus ou moins de crédibilité à nous dire qu'ils sont encore nos syndicats, aucun de ces Conseils d’Université qui s’arrogent désormais le droit de nommer les profilés pour l'efficiency de projetsmondains et notabilisés au risque déjà si manifeste, de la réféodalisation et de l'oubli des fondamentaux.

parce c'est dans et par la langue française, par son incommensurable fringale de symbolisation et de constitution claire du monde, par son génie propre, par l'irréductible trésor inséparablement de liberté de savoirs et de beauté que les oeuvres qu'elle a engendrées offrent, malgré tous les démolisseurs, aux millénaires à venir, dépériront inéluctablement, les repentances, les gouvernances, les tempérances, les bien-pensances, les allégeances surtout et tous les novlangsde multiformes asservissements; parce que ma langue s’appelle Résistance.

parce que les miens, ceux qui demeurent avec moi en elle et dans l'Université, les hommes vivants parce qu'ils gardent vivants les plus nombreux qui ne seraient morts que si nous ne vivions plus de leurs oeuvres, transmetteurs trop « professionnalisés » du sens et des symboles, de la philosophie et de la poésie, des mythes et de la mémoire historique donc politique (non l'imposture devoir de mémoire d’une citoyenneté de morts-vivants politiciens d’Après l’histoire) des civilisations et de leur rugueux concert, les miens, ne sont plus assez nombreux à avoir le courage de se battre, abandonnant, c’est une vieille histoire triste, qu'ont éprouvé déjà les bretons et tant d'autres, leur propre peuple,

Resteraient donc ces « scientifiques» si bienvenus et si nombreux? c’est dur; je n’en connais certes aucun, - un monde extérieur existe donc à la fois hors des scènes médiatiques et de celles des sciences sociales, mêlées, faussement concurrentes, c’est rassurant quand on côtoie des gens qui prétendent (assez peu certes) enseigner et pour qui leur construction sociale de la réalité est plus réelle que la réalité elle-même. Un monde où ceux qui n’ont pourtant pas à nos yeux reçu la mission sacrée de transmettre d’abord la langue de toutes nos mères langagières et d'abord celle de l'Université, et de la vitale mémoire longue, mènent à notre place les combats que nous ne livrons plus au risque de l’évanouissement de notre être, comme universitaires et comme intellectuels, comme nous sommes en passe d'être abolis depuis belle lurette comme citoyens.

même donc, si c'est par ces vocables si souvent brandis comme fétiches de science et de scientifiques, que brandissent aussi tous les discours d’injonction de l'imposture médiatique ou politique (toute référence apte a fonder un sens étant devenue incorrecte : ni dieu ni nation, ni sens, (locus unicus ), même si dans le monde où je travaille encore, et, eu égard à ce qu'on y enseigne de temps en temps, cette référence, invoquée sans fin tend à engendrer le rituel d'un nouveau catéchisme,

même si la raison de ces scientifiques, leurs raisons en tout cas si raisonnables, sont finalement si résignés de n'oser invoquer d’abord et d’évidence pour cet appel à résistance, leur mère, leurs poètes, leurs chansons, les récits de leur nation, et la récurrence de leurs plaintes d'amour, toutes ces déraisonnables mais primordiales raisons de notre langue tout autant naturelle que maternelle,

je signerai quand même et diffuserai partout où je le pourrai, « La lettre des scientifiques... pour continuer à écrire en français "

http://petition.hermespublishing.com

ce 21 février 2008, jour de fête de toutes les résistances.

Jacky Réault UFR de sociologie de l'Université de Nantes, Habiter-PIPS Université d'Amiens

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